Je construis depuis quelques années ce que j’appelle des « cours nuage ». Il s’agit de proposer aux étudiants, à partir d’un thème, un parcours d’images et de sons disponibles sur le net. Ces cours ne peuvent donc se tenir que dans des salles très bien connectées. Je présente un ensemble d’images de natures, d’origines et d’époques variées : publicité, photographie, peinture, dessin, bande-dessinée, photogramme, extrait filmique… Les échanges avec les étudiants sont sollicités afin de mieux définir en quoi ces documents constituent un ensemble cohérent (sur le plan thématique, technique, plastique…). L’ambition du cours est certes de fixer quelques repères historiques, mais aussi d’apprendre à rechercher, trier, manipuler et analyser les images artistiques ou non disponibles en nombre sur la toile. 

Images du son

Quel « point de vue » par exemple sur… Giant Steps de John COLTRANE? Quelle image associer à ce son?

  • Écoutons le morceau, enregistré en 1960
  • Pour beaucoup d’amateurs de Jazz, l’image associée à cette musique est la pochette de l’album
  • Voir le générateur de forme d’iTunes avec le même morceau
  • On peut voir John COLTRANE interpréter le morceau
  • On peut suivre le morceau sur une partition
  • Toujours une partition, mais sous une autre forme (animated sheet music)
  • une représentation en 3D de la progression des accords
  • On peut écouter et voir Camille BERTAULT chanter le morceau en un seul plan séquence « selfie »
  • On peut voir un film scientifique sur ce morceau, interprété par un robot
  • On peut aussi prendre le temps de voir ce qu’a écrit et finalement réalisé Michael LEVY

 

  • Correspondance entre les arts (synesthésie)
  • Iegor REZNIKOFF musicologue : lien entre qualité de la résonance et lieu des peintures pariétales (Arte jeudi 2/11/17 Quand Homo sapiens faisait son cinéma de Pascal Cuissot, Marc Azéma, 2015)
  • Évoquer le Module 3 Cian « voir le son » et le logiciel Eanalyse de Pierre COUPRIE
  • On a l’habitude de représenter le son sous forme d’ondes plus ou moins régulières

1. matérialité du son

  • Ridley SCOTT, Blade Runner, 1982 : premier répliquant, rideau/caisson de basses
  • Photographies du passage du mur du son (Google Images)
  • Les sons peuvent en effet produire des formes : avec du sucre, avec de l’eau, avec de la lumière, avec du feu… Voici ce qu’en fait le musicien/performer Nigel STANFORD par exemple (voir aussi ce qu’il fait avec des robots).
  • Évoquer ce curieux instrument, le thérémine. (au sujet du thérémine, j’ai évoqué cette fameuse séquence d’air guitare dans le film Le Dernier jour du reste de ma vie de Rémi BEZANÇON, 2008).

2. représentations du son, le cas de l’onomatopée

  • les effets sonores de la bande dessinée
  • Une pensée pour Gaston Lagaffe créé en 1957 par le belge André FRANQUIN (voir aussi son personnage de patron ou son personnage de gendarme)
  • Une planche construite sur des onomatopées anglaises (Calvin et Hobbes de Bill WATTERSON)
  • À propos de la traduction difficile des onomatopées : WATSUKI Nobuhiro, Kenshin le vagabond, 1994/99 (version originale et version française). Sur la question des V.O et V.F au cinéma, j’ai fait écouter la version originale puis la version américaine d’un extrait du film Le Chateau dans le ciel d’Hayao MIYASAKI, 1986.
  • Une autre d’un des albums de la série Sin City de Frank MILLER, 1991 (voir à ce sujet le remake de la séquence d’ouverture de Sin City, réalisé par des étudiants de la LP Cian)
  • LICHTENSTEIN Roy, Whaam!, 1963, huille sur toile, 1,7 m x 4 m, Tate Modern, Londres. (œuvre du Pop-Art)
  • REICHENBACH François, Comic Strip, 1968. (Serge GAINSBOURG et Brigitte BARDOT)

3. des images silencieuses qui suggèrent le son

  • Alphabet Phonétique international : 118 signes pour couvrir les sons les plus fréquents de toutes les langues du monde, y compris les langues sans tradition écrite. Récapitulatif en anglais ici.
  • La question de la notation musicale : Tablette d’un chant Hourrite, XIIIe siècle avant JC, Musée du Louvre (trente-six morceaux de musiques gravés en écriture cunéiforme sur des tablettes d’argile extraites de l’ancienne cité d’Ougarit dans l’actuelle Syrie, en faisant le plus ancien exemple connu de notation musicale au monde – WIKI)
  • La stèle représentant le musicien Djedkhonsouiouefankh et le dieu Ré, bois peint, H. : 29,50 cm. ; L. : 22,40 cm. ; Pr. : 2 cm., Musée du Louvre, 1069 – 664 avant J.-C.
  • MEMLING Hans, Retable de Santa María la Real de Nájera, Christ entouré d’anges chantant la gloire de l’éternel1488, huile sur bois,164 × 672 cm, Musée des Beaux-Arts, Anvers.
  • Stinkfoot de ZAPPA par Solé, Gotlib et Dister
  • MARCLAY Christian, Body Mix, 1991, couvertures de disques et fil, Collection David Hutchinson.

« Essayer de représenter le son – ou plus particulièrement la musique – par une image, c’est toujours une sorte d’échec, parce que le son est immatériel donc invisible ; et parce que cette évocation par la vue exclura toujours l’ouïe. Mais les représentations silencieuses, une sculpture ou une peinture, par exemple, m’intéressent : leur mutisme me semble souvent souligner la nature intangible et éphémère du son. Autrement dit : une image, qui essaye vainement de représenter une présence sonore, devient involontairement la représentation d’une absence. »
Christian MARCLAY, « Le son en images », dans L’Écoute, textes réunis par Peter Szendy, Paris, Ircam/L’Harmattan, collection « Les Cahiers de l’Ircam », 2000, p. 85-86.

  • J’ai évoqué à ce sujet les mashup du film de Baz LUHRMANN, Moulin Rouge, 2001.
  • D’autres œuvres de Christian MARCLAY peuvent constituer d’autres exemples intéressants.
  • les œuvres de PEOPLE TOO (couple russe, Alexey Lyapunov and Lena Erlich)
  • Le Jardin des Délices de Jérôme BOSCH (la partition cachée sur les fesses d’un personnage, ici par une chorale)
  • ARMAN et ses compressions (Chopin’s Waterloo sculpture -1962)
  • Il y a, bien entendu, le cas des Annonciations. Prenons l’une des Annonciations de Fra ANGELICO par exemple, celle du Musée diocésain de Cortone, tempera sur panneau, 175 cm × 180 cm,1434. (ici un détail). Voir la question du Logos (cf Georges DIDI-HUBERMAN).
  • MUNCH Edvard (norvégien), Le Cri, 1895, pastel, 79 x 59 cm, Collection privée Léon Black, (cinq versions : trois peintures, un pastel et une lithographie).
  • ORTEGA Damian (mexicain), Controller of the Universe, 2007, Pelles, rabots, marteaux, ciseaux à bois, fils, Musée Cooper-Hewitt, New York.
  • les photographies de Shinichi MARUYAMA, qui ici fusionne 10000 images de danseurs nus.
  • j’ai montré aussi la série des salles de cinéma par Hiroshi SUGIMOTO
  • Les drippings de Jackson POLLOCK (expressionnisme abstrait, action painting)
  • La musicalité du peintre VASARELY, peintre franco-hongrois père de l’art optique et son « solfège plastique » (lien entre musique, art et mathématique… retour à la question de la vibration). Voir Sonora Do de 1973 par exemple.
  • Ou encore la musicalité des œuvres du peintre « russe allemand ukrainien français » Vassily KANDINSKY (art abstrait, expressionnisme)
  • Serge POLIAKOFF, (franco-russe, expressionnisme abstrait, tachisme) peintre mais aussi musicien qui qualifiait ses œuvres de « peintures silencieuses« .
  • BLOCH Pierrette, Sans titre, 1988, crins de cheval noués sur fil de nylon, Karsten Greve Köln, Paris. (cf archet de violon).
  • L’architecte et musicien italien Francesco FIOTTI, avec le projet de l’église de Våler en Norvège.
  • Un autre architecte, Gabriel CALATRAVA, qui a conçu une installation pour accompagner une suite de BACH (J’ai évoqué à ce sujet ce court film de Georges MÉLIÈS : Le Mélomane, 1903).

Nous avons évoqué la façon dont deux plasticiens ont filmé Zinédine Zidane lors d’un match (GORDON Douglas et PARRENO Philippe, Zidane un Portrait du XXIème siècle, 2006). Un tournage en 35mm avec 17 caméras (dont deux équipées des zooms Panasonic les plus puissants au monde) braquées sur ce seul joueur.

Nous avons terminé avec la présentation d’un « plan-séquence » (nous y reviendrons) d’un film de Raymond DEPARDON, Profils paysans / La vie moderne, 2008. Il s’agit d’un plan fixe centré sur Daniel, juché sur son tracteur, filmé avec la Pénélope d’Aäton et enregistré avec le Cantar.